( 11 janvier, 2012 )

Chapitre 9

Chapitre 9

 

 

« - Louanne ! Louanne ! Réveille-toi ! Louanne tu m’entends ? »

La voix de Victoria me semblait si lointaine.

-      Où suis-je ?

-      Ouvre les yeux ma belle !

-      Je ne peux pas…

-      Mais si ! Allez ouvre-les !

-      J’ai mal…

-      Où ?

-      Partout !

-      C’est bon signe !

Je me décidais à ouvrir les yeux, le regard de Vicky exprimait de l’inquiétude et  je sentais que le chien à mes pieds en ressentait tout autant.

-      Regarde-moi !

-      Quoi qu’est-ce que j’ai ?

-      Hum c’est un peu déroutant… On va attendre un peu…

-      Quoi ? Dis-moi ! J’ai un cocard de la taille d’un éléphant ?

-      Non pas exactement… De quelle couleur sont tes yeux ?

-      Merci, tu n’as jamais fait attention à la couleur de mes yeux ça fait plaisir ! Aide-moi à m’asseoir veux-tu ?

Vicky me donna sa main, je m’enfonçai la tête dans les gros coussins. Un mal de crâne carabiné me tapait contre les tempes. J’avais dû me cogner dans ma chute.

-      Depuis combien de temps je suis dans cet état ?

-      Et bien c’est une bonne question, je suis arrivée à la maison il y’a une demi-heure, je t’ai retrouvée allongée par terre, Merlin hurlant à la mort dans mon bureau. Tu parlais comme si tu étais dans un mauvais rêve, je me suis dit que c’était bon signe je t’ai portée jusqu’au divan et tu as mis un quart d’heure à émerger ma belle ! Tu n’as pas répondu à ma question …

-      Oh tu m’enquiquines à la fin avec ta question j’ai les yeux noisettes !

-      Plus maintenant…

-      Je te demande pardon !?

-      Je ne sais pas si c’est dû à ta chute et à la bosse derrière ta tête je ne suis pas toubib mais tu as des yeux d’une couleur qui ressemblerait plus à des émeraudes qu’à de la pâte à tartiner !

-      Tu te fous de moi ?

-      Absolutly not !

-      Donne-moi un miroir !

-      Tu es sure ?

-      S’il te plait !

-      Ok ok !

Vicky sortit de son sac son miroir de poche, tendue… Je lui pris des mains. Ca ne pouvait être qu’une blague de mauvais goût… Impossible, on ne change pas de couleur d’yeux même après un traumatisme crânien !

Face au petit miroir, des yeux verts me regardaient… Je ne me suis pas reconnue tout de suite. Un regard à gauche, un à droite, un au plafond !

-      Mais bordel de merde c’est quoi cette connerie !

-      Bah vois les choses du bon côté, les yeux verts te vont à ravir !

-      Merci mais là ça ne me console pas vraiment…

-      Il y a autre chose aussi…

-      J’ai une jambe en moins ? Mes cheveux ont poussé ? J’ai des dents jaunes ?

-      Les dents jaunes tu les avais déjà à cause de la clope !

-      … merci !

-      Non, pendant que tu étais inconsciente tu as parlé une autre langue

-      Ça m’arrivait déjà petite, je parlais parfaitement anglais dans mon sommeil puis le lendemain plus rien… Ca a toujours fait rire ma mère elle a même écrit un personnage qui était la réincarnation d’une anglaise du 18ème siècle

-      Peu-être que ce jour-là ta mère a écrit quelque chose de vrai…

-      Mais non, elle a fait des recherches et m’a envoyée à l’hosto pour passer la nuit, les toubibs ont dit que c’était juste de l’imprégnation du subconscient grâce à la quantité astronomique de films en VO que j’ai pu absorber…

-      Très bien donc explique-moi combien et quels films tu aurais pu voir pour parler en langue des celtes ?

-      Pardon ???

-      Tiens, écoute, je savais que tu ne me croirais pas donc je t’ai enregistrée avec mon I phone.

Vicky sortit son téléphone et appuya sur play. Je reconnus ma voix, des frissons dansaient la macarena dans mon corps et effectivement je baragouinais un truc bizarre, mais pour moi rien de cohérant…

-      Ta fumé quoi avant de rentrer ? Je ne dis rien de spécial !

-      Si, il faut juste connaître la langue que tu parles, j’en ai appris quelques rudiments avec un ami historien spécialiste de la Bretagne… Je ne comprends pas tout mais je dirais que tu dis à peu près ça « « Deus an deun e teuio diwallerez Avalon da zieubiñ sekred
stumm orin an dour »

-      Et ça veut dire quoi ?

-      Je n’en suis pas sûre mais je reconnais diwallerez avalon qui veut dire protégé ou protection d’Avalon

-      Ok, j’ai le droit d’être complètement flippée ?

-      Oui ! Mais que s’est-il passé aujourd’hui avant que je te retrouve sur le sol ?

Je lui racontais toutes mes découvertes, de Carwyn en passant par la dame de mon rêve et la citadelle de Blaye et ses amoureux…

-      Et si ma rencontre avec toi avait ravivé une mémoire ancienne en toi… Ca me paraîtrait logique, je bosse sur la citadelle, j’ai des origines celtes et je suis assez érudite dans certains domaines pour t’aider et..

-      STOP ! Là tu deviens flippante, je n’ai jamais cru à ses conneries ! Bien que je sois fan d’x-files ! Scully tu te calmes !

-      Mais non je ne me calme pas ! Tes yeux ont changé de couleur, tu parles une langue ancienne qui t’est complètement inconnue, tes rêves te ramènent à mes fouilles actuelles… Tu veux que je continue ?

-      Non merci ! Quelle heure est-il ?

-      18h

-      Putain le resto ! Il faut que je me dépêche, il va être l’heure et je suis la seule à avoir les clefs pour
l’ouverture !

-      Ca ne va pas non ? Tu n’es pas en état ! Donne-moi le numéro du Chef et je vais y aller, il se débrouillera
bien sans toi ce soir.

-      Mais…

-      Il n’y a pas de mais Mlle !

Je n’avais plus la force pour continuer à lutter. Je passai un coup de fil à mon chef cuistot qui me confirma qu’il s’en sortirait très bien tout seul avec sa fille qui était en vacances et qu’il mettra au service. Je n’avais qu’à me reposer !

J’abdiquai. Victoria partie porter les clefs, je me levai doucement, la bosse sur le derrière de mon crâne continuait à me taper sur le système nerveux, cependant depuis le doliprane que j’avais avalé la douleur se faisait moins présente.

Je me dirigeai vers la salle de bain, une fois face au miroir je fixai ce regard qui était à présent le mien, à la lumière des spots il brillait intensément, je n’avais vu ce regard-là qu’une seule fois… Cette nuit dans mon rêve… Je deviens folle… Pourtant quelques chose en moi avait changé, imperceptible, mais je me sentai vivante plus que jamais, une impression de confiance en moi que je
n’avais jamais plus ressentie après la mort de Carwyn … Qu’est-ce que tout cela pouvait signifier ?

Dans les histoires incroyables des livres de mon enfance où je passai la plupart du temps, il y avait des histoires de fantômes, de magiciennes, de sorcières, de fées, de reines et de rois, mais ce n’était que l’imagination des auteurs qui les rendaient si vivants, si possibles… Si magiques.

Ma mère avait le chic pour nous raconter des histoires venues d’un autre temps, avec des chevaliers aux destins de sauveurs de princesses qui n’étaient pas aussi cruches que celle de Walt Disney… Elles étaient plutôt fortes et légèrement
féministes sur les bords, elles se faisaient aider du prince puis se cassaient aussi sec pour ne pas avoir une tripoté de mioches à élever et être condamnées aux taches ménagère ! A cette pensée je souris, ma mère me manquait…

La porte d’entrée claqua, un jappement de Merlin accueillit Vicky.

-      Merlin ça suffit, laisse-moi poser les courses s’il te plait !

Je fermai la lumière de la salle de bain et rejoignis Vicky à la cuisine.

-      Tout s’est bien passé ?

-      Oui sans problème ! Je suis passée faire quelques courses. Chinois ça te branche ?

-      Oui…

-      Ça va ?

-      Bah comme quelqu’un qui a l’impression de devenir une x-men, mais à part ça, ça va.

-      Viens-là toi, tu as besoin d’un gros câlin !

Elle me prit dans ses bras, j’étais bien, mais il y avait quelque chose de changé. A son contact je ne ressentis plus la même chaleur, la même émotion que quelques jours auparavant. Je gardai pour moi cette sensation.

-      Raconte-moi l’histoire de la citadelle !

-      Là tout de suite ? Tu ne la connais pas ?

-      Si, je me rappelle du panneau devant les ruines du château mais tout est si vieux, si flou.

-      Alors l’histoire nous ramène au 12ème siècle, le château appartient au compte de Blaye : Jaufré Rudel, un troubadour connu dans les grandes cours d’Europe mais plus précisément à la cour d’Aliénor d’Aquitaine alors reine successivement de France puis
d’Angleterre. La légende dit que le troubadour après un long voyage mourra dans les bras de la princesse de Tripoli dont il était éperdument tombé amoureux.

-      Cette légende n’est pas la bonne !

-      Et pourtant c’est celle qui est transmise depuis des générations Louanne

-      Et bien les générations se trompent ! Jaufré n’était pas amoureux de cette princesse de Tripoli ! Il l’était de la jeune femme de mes rêves, celle qui était au pied du château !

-      Non mais Louanne, on a aucune trace d’une femme vivant au château des Rudel et …

-      Non je suis sûre qu’il y a quelque part un indice… Le médaillon par exemple !

-      Ce n’est pas que je ne veuille pas te croire ma belle mais… Allez, arrêtons les contes et légendes pour ce soir et viens manger !

Je ne savais pas d’où me venait cette certitude, au collège l’histoire était une matière que j’appréciais mais pas au point de me passionner pour cette période moyenâgeuse !

Cependant, tout ce qui m’arrivait depuis quelques jours commençait à prendre sens, comme un puzzle qui se reconstituait petit à petit mais dont je n’avais pas la moindre idée du dessin qu’il devait représenter une fois terminé.

Je passai le dîner réfugiée dans mes pensées, ma main caressant machinalement Merlin, jusqu’à ce qu’une évidence me vienne à l’esprit.

-      Victoria ?

-      Oui mon ange ?

-      Demain, je viens avec toi à Blaye et ce n’est pas discutable

-      Très bien je ne discuterai donc point votre majesté, me dit-elle mutine.

Pour la première fois de la journée, je me détendais enfin et je souriais à nouveau face à  son beau visage et ses cheveux ondulés et soyeux, si doux… Une fugace envie de lui faire l’amour, là, de suite me prit. Sentir de plus près l’odeur de lavande que sa peau dégageait…

Demain, on verra bien demain…

12345...11
« Page Précédente  Page Suivante »
|