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( 4 janvier, 2012 )

Chapitre 8

Chapitre 8

«- Non ne t’en vas pas, reste !!! »

La grosse langue de Merlin finit d’achever ce cauchemar étrange. Encore cette nuit la licorne est venue me rendre visite, encore une fois elle m’a invitée à monter sur son dos…

- Vicky ?

Pour seule réponse, Merlin posa sa patte sur la table basse, un rouleau de papier entouré d’un beau ruban rouge indiquant Louanne attendait ma lecture :

«  Ma belle Louanne,

Te voyant si profondément endormie,  je n’ai eu le cœur de te réveiller à 7h ce matin.

Prends  ton temps, tu es ici chez toi, une baguette et des croissants t’attendent dans la cuisine !

Bonne journée.

Victoria. »

- Eh bien Merlin me voilà bien gâtée ! Viens ! J’ai besoin d’un bon café!

Merlin sur mes talons, je rentre dans la cuisine, une bonne odeur de café italien inonde la pièce.  Ma tasse de café dans la main, 8h sonnent à l’horloge comtoise de l’entrée, je me lance dans une exploration de la maison de Vicky.

Un gémissement de Merlin me fait tourner la tête, assis devant une porte verte, il a l’air de me dire « viens par-là tu vas voir c’est cool. »  Je décide d’accepter l’invitation. J’ouvre la porte doucement  et je découvre une véranda magnifique et inondée du soleil du matin. Merlin court se jeter dans un
bon gros fauteuil club.

-Quelle bonne idée Merlin !

Que la vie parfois peut être douce ! Là, assise à boire une bonne tasse de café et à fumer la première cigarette de la journée, un sentiment de bien-être m’envahit.

C’était sans compter ce rêve qui devenait récurent…

Bien qu’un
peu différent cette fois-ci…

La licorne m’a déposée sur une sorte de colline et est repartie à peine avais-je mis le pied à terre.

Une musique jouée à ce qui ressemblait à une vielle m’invita à trouver le musicien. Cette musique, je suis sûre de l’avoir déjà entendue, un air si mélancolique…
Impossible de me rappeler où pour autant. Je me suis donc avancée jusqu’en haut de la colline, et là, en contre bas, il y avait un petit château. Aux pieds des douves, la jeune femme du lac se prélassait dans l’herbe. J’ai dévalé la colline à sa rencontre. Je me suis penchée au-dessus d’elle. Elle a ouvert doucement, ses yeux, deux émeraudes, si intenses. A sa façon de me regarder j’avais l’impression qu’elle avait accès directement à mon âme, déshabillant la moindre de mes défenses. Cependant je n’avais pas peur.

«  – Aide-moi à me relever veux-tu ? »

Je lui tendis ma main, qu’elle saisit, j’étais incapable de prononcer un mot, mais au
contact de sa main une chaleur immense envahit mon cœur.

«  – Je t’attendais, ma Louanne, depuis des siècles, c’est long tu sais ! » et elle se mit à rire, un rire enchanteur si clair et pur, jamais rien entendu
de tel !

«  Il est temps de révéler qui tu es, ta vraie nature, pour cela tu dois trouver le médaillon, trouve-le Louanne ! »

Elle se dirigea vers une rivière qui coulait paisiblement et plongea. Je me précipitai sur la berge en espérant qu’elle ne se soit pas noyée, elle ne pouvait pas
disparaître comme ça, NON revient !! » Et je me suis réveillée.

-
Merlin
je suis complètement frapadingue , tu n’es pas d’accord ?

Le chien me sauta sur les genoux et décida de faire ma toilette.

- Ok merlin tu as raison, il est temps que j’aille prendre ma douche.

Le chien, comme si il avait compris, me montra le chemin, une salle de bain chaleureuse et lumineuse à souhait m’invite à rentrer, la baignoire encore plus, j’ouvre le mélangeur et me déshabille le temps que le niveau d’eau soit assez haut, je regarde mon corps usé par trop d’excès dans le miroir. Mon double me fixe, intraitable. Je n’aime pas ce corps  qui ne me ressemble pas. Mes formes ont fait place à des os saillants, mes cheveux autrefois d’une belle nature cuivrée sont devenus si filasses et ternes que j’ai du recourir à une teinture. Un cache misère comme dit ma mère….

La pauvre si elle me voyait dans l’état où je suis actuellement elle me gaverait comme une oie jusqu’à ce que je me remplume totalement ! Mais la distance qui nous sépare me permettra de me requinquer avant qu’elle n’intervienne…

Un aboiement de Merlin me rappelle que l’eau de mon bain m’attend.

Je plonge donc dans l’eau chaude, me détendre tout à fait dans le parfum et la mousse.
C’est tout ce qu’il me faut…

Je ferme les yeux, cette musique, cet air d’un autre temps qui sans l’avoir invité me revient aux oreilles, mais punaise où est ce que je l’ai entendu ?? Ça
m’agace, un souvenir insaisissable. J’étais jeune…

« - oh ça suffit maintenant Louanne ! Arrête de réfléchir ! »

La musique dans ma tête se met sur pause et moi aussi par la même occasion !

L’envie de dormir, derrière mes yeux clos les remparts de la citadelle de Blaye jaillit. Je m’assoie dans ma baignoire un peu trop brusquement, prise d’un
vertige :

« Putain de bordel de merde mais oui c’est là, c’est là que je l’ai entendu cette mélodie ! Mais qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? »

Je sors du bain, attrape le peignoir de Vicky et je mets une serviette autour de mes cheveux mouillés. Il faut que je mange, je n’ai pas mangé depuis hier soir c’est la seule explication logique à ses idées loufoques qui me traversent l’esprit.

J’arrive dans la cuisine, je mets deux tranches de pain dans le toaster et me ressers un café.

Merlin me regarde avec ses yeux de cocker, je coupe un petit morceau de pain qu’il s’empresse de prendre dans sa gueule pour s’enfuir vers son panier de peur que je change d’idée.

Devant ma tasse de café fumant et mon pain grillé, je n’arrive pas à oublier les images, la citadelle de Blaye… Ça remonte à si loin tout ça !

Je devais avoir 14 ans, Papa venait de décéder suite à une rupture d’anévrisme que rien ne présageait, Maman ne supportait plus de vivre dans les souvenirs que les murs de la maison lui rappelaient sans cesse. Elle avait alors choisi de changer de ville et de région. Nous quittions la Vendée pour la ville de St Savin de Blaye.

Elle avait trouvé une maison paumée au milieu des bois, tout ce qu’il fallait à mon écrivain de mère pour trouver l’inspiration nécessaire à
son prochain roman.

Mon frère n’avait que 8 ans et déjà à cette époque il était passionné par la nature. La foret de Pin qui nous entourait était son terrain de jeux favori. Construisant des cabanes, des pièges à renard, des volières pour ses pigeons… Pour moi c’était plus compliqué, après une période de deuil difficile je me retrouvai loin de tout, moi qui aimais tant la vie à la ville…

Cependant je trouvai du réconfort auprès d’un cheval…

Ma mère afin de subvenir à nos besoins entre deux romans avait mis en location le pré qui faisait face à la maison. Un soir, M. Jean un vigneron du coin s’est présenté pour le louer.   Il voulait un pré au calme pour son cheval qui commençait à vieillir. Aigri le cheval  malmenait ses congénères dans les pâtures de M. Jean.

« - C’est un gentil bourrin quand on sait comment l’approcher, faites attention quand même les enfants, ne vous approchez pas trop de lui je serai navré si il vous arrivait malheur en le caressant !

- Comment il s’appelle ? avait demandé mon frère

- Carwyn !

- C’est pas un nom de cheval ça ! avait rétorqué Vincent

- C’est un nom venu d’ailleurs mon petit !

- C’est d’origine celte n’est-ce pas Monsieur Jean ? Avais-je demandé.

-Tout à fait, je l’ai acheté à un marchand irlandais, son nom est composé de deux mots en réalité, il veut dire Harmonie et blanc.

- C’est bien joli dit ma mère. »

La négociation de la location du terrain avait donc été signée autour d’un bon verre de vin rouge du château de M. jean et Carwyn débarquait dans ma vie le lendemain.

C’était un magnifique étalon blanc, avec des yeux verts je n’avais jamais vu ça, deux émeraudes brillantes et intelligentes.

La première fois que mon regard a croisé le sien, j’ai su qu’on allait passer de bons moments ensemble. Ce cheval devenait le symbole d’une liberté que la mort de mon père avait pris avec lui.

L’étalon était nerveux en descendant du van. Malgré la main ferme de monsieur Jean, la longe lui échappa des mains, Carwyn se cabra devant moi, et curieusement je n’avais pas peur. Je m’approchai de l’étalon contre les cris de monsieur jean, de ma mère et de mon petit frère qui me disaient de fuir.

Je récupérai la longe au sol, avec quelques claquements de langue et des mots prononcés avec ma voix, elle était si douce que je ne la reconnaissais pas.

Le cheval se calma pour enfin s’immobiliser totalement. Je tendis ma main vers son chanfrein, à peine eu-t-il une réaction de peur, je le caressai quelques minutes. Il posa sa tête sur mon épaule. Jedécidai qu’il était temps de l’amener dans sa nouvelle maison.

J’ouvris le portail et lui dit d’y aller.  Carwyn s’exécuta sans difficulté. Je fermai alors le verrou du portail et me retourna vers ses visages qui me regardaient comme si j’étais une apparition divine.

C’est monsieur Jean qui rompit le silence le premier :

«  Elle a un don votre fille ! Je n’ai jamais vu ça ! »

Quant à moi je ne savais pas si j’avais un don mais j’avais gagné un compagnon. Les quelques jours qui ont suivi l’arrivée de Carwyn ont été fantastiques, je ne le quittais plus, limite ma mère devait me gronder pour que je rentre me coucher.

Pour mon anniversaire monsieur jean m’offrit une selle et un filet pour voir ce que je pouvais faire avec cet animal que personne n’avait réussi à monter. Carwyn se laissa faire tranquillement. Tout doucement je posai le tapis de selle puis la
selle et enfin je lui présentai le mors qu’il attrapa sans broncher.

Une fois sur son dos j’ai eu comme une impression d’avoir pratiqué l’équitation toute ma vie. Un petit coup de langue suffit à le faire avancer, un autre à le mettre au galop. Là le vent dans mes cheveux, le soleil de ce mois d’août : tout inspirait un bien être jamais égalé.

A partir de ce moment, monsieur Jean me donna sa confiance pour tous les soins de Carwyn.

Ce premier été aquitain fut rempli de balades et de farniente dans les bottes de foin.

Un jour je décidai de faire une sorte de journée découverte, une journée entière de balade. De St Savin à Blaye où on m’avait appris qu’il y avait un château…

Je partais donc de bonne heure, prenant les chemins forestiers d’un pas léger traversant des petits ruisseaux, passant non loin du lac de St Christoly de Blaye, j’évitai le plus possible les grandes routes, Carwyn avait beau m’obéir au doigt et à l’œil je me méfiais de ses réactions.

Apres un petit pique-nique à l’ombre d’un peuplier, nous avons repris la route vers Blaye.

A un moment j’étais un peu perdue je regardai ma carte mais Carwyn s’est mis à trotter sans que je puisse l’arrêter. Je décidai de lui faire confiance, il m’amena directement à une des portes de la citadelle, des passants nous regardaient curieux, j’allais mettre pied à terre mais Carwyn en avait décidé autrement, il se mit à monter la pente au petit galop et s’arrêta devant les ruines du château. Le château de Jaufré Rudel…

J’attachai solidement ma monture aux anneaux prévus à cet effet il y a fort longtemps avec un panneau « ne pas caresser » que j’avais préparé au cas où.

Je me plantai devant ces ruines pourquoi Carwyn m’avait-il emmenée jusqu’ici ? Je montai à la table d’orientation et là le vent comme dans Pocahontas m’avait apporté cette musique un air si mélancolique. Comme celle que pourrait jouer un jeune amoureux se languissant de sa belle…

Une petite fille m’aborda me coupant par la même occasion mon rêve éveillée.

« - Dis madame c’est ton chevaux là-bas ?

-
Oui
ma puce

- Est-ce que je peux lui donner ma pomme

Je regardai mon ami qui broutait paisiblement, j’accompagnai donc la petite fille auprès de  Carwyn il accepta la pomme de la petite sans brusquerie.

Je remontai ensuite sur son dos, parcourant les remparts je découvrais ce bras de mer qui invitait au voyage. La mer de mes cotes vendéenne me manquait indéniablement mais avec ce bout de fleuve je me senti comblée. Je m’imaginais dans un bateau à trois mats comme dans les dessins que je dessinais sans cesse à mon père.

Ma montre indiquait 4 heures, Il était temps de rentrer même si j’avais envie de rester pour la nuit, comme une étape d’un bivouac mais s’en était pas un et je ne voulais pas que ma mère appelle toute les forces de secours de la région pour qu’ils partent à ma recherche.

Je rentrais à la maison au soleil couchant, fatiguée certes mais remplie de l’énergie que ces vieilles pierres m’avaient donnée.

Je sursaute à un jappement de Merlin à la porte d’entrée, la main sur la poignée j’ouvre au facteur, au même moment il s’apprêtait à sonner.

« - Bonjour un paquet pour Mlle Victoria Callaghan dit-il le doigt encore sur le bouton de la sonnette.

- Oui c’est bien ici merci !

- Bonne journée Mademoiselle

- Vous aussi ! »

Je me dirige vers le bureau de Victoria pour déposer le colis. Sur le bureau qui ressemblait à un champ de bataille traînait un vieux parchemin.

- Ma curiosité me perdra mon bon Merlin !

Un gémissement inquiet comme réponse

- Tu n’es pas très convaincant mon grand !

J’ouvre le parchemin un plan avec pour titre : le château des Rudel

Les ruines de mon adolescence, en regardant ce plan, prenaient vie. Depuis les hautes tours la dame du lac me faisait signe, un troubadour en contre bas jouait l’air mélancolique qui devenait si familier depuis quelques jours.

Je manquai d’air, la tête, la pièce tout tourne puis plus rien juste cette musique…

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