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( 3 novembre, 2010 )

Chapitre -4-

-4-

Mon téléphone sonne, un signe ? J’avais le doigt prêt à cliquer sur le mail… Punaise il est où ce couillon de téléphone ?? Appel masqué … C’est peut-être Ludmilla… 

-          Oui allo ? 

-          Allo Mlle Louanne Sol ? 

-          Oui ? Qui est ce ? 

-          … 

-          Allo ! 

-          Excusez-moi…Votre voix ne m’est pas inconnue et votre nom non plus… 

-          Ecoutez, je ne sais pas qui vous êtes et j’ai… 

-          Louanne, c’est Constance, enfin j’espère que c’est bien toi parce que sinon je vais me faire virer. 

-          Constance qui ? 

-          Je sais ça fait un bail. Si je te dis ConstanceDi Angelo ?   

-          Oh mon dieu ! Mais tu es où là ? Tu fais quoi ? 

-          Je bosse dans une boite de téléprospection et c’est pour te vendre un nouveau produit que je t’appelais ! 

-          Ben merde alors ! 

-          Oui comme tu dis ! Ecoute je ne peux pas rester je prends des risques en te parlant. Tu es à Bordeaux ? 

-          Oui. 

-          Ce soir 21h place Caju ? 

-          Oki ça marche… 

-          Et bien Mlle Louanne Sol je ne vais pas vous importuner plus longtemps, je vais juste vérifier vos cordonnées… 

Je raccroche… Non mais le truc de dingue ! Le truc juste improbable… Mais il parait qu’il n’y a pas de hasard dans la vie ! 

Petite Constance… Un sacré phénomène, je l’avais rencontrée à l’Indécis un soir où il n’y avait pas grand monde dans le bar. 

Constance était entourée de deux couples d’amis. Je me suis assise au bar, j’ai commandé un mojito, et je me suis retournée vers elle, Constance  m’a regardée et ma dit : 

-          Help me ! Sauve-moi je n’en peux plus ! 

-          Allez viens je t’offre un verre, tu bois quoi ? 

-          Pas d’alcool, je suis Sam. 

-          Enchanté Sam. 

-          Non je ne suis pas Sam, enfin si, mais d’où tu sors toi ?? Sam c’est lui qui conduit parce qu’il ne boit pas ! 

-          Ah pardon excuse je suis un peu à l’ouest. 

-          Pas grave, sinon je m’appelle Constance ! Et toi  ?

-          Louanne ! Un coca alors ? 

-          Oui mais avec du sirop de grenadine dedans ! 

-          Du sirop de grenadine ?? 

-          Oui bon ok, là c’est vrai je suis un peu spéciale parfois… Mais c’est bon je te jure ! 

-          Je te crois ! 

Une fille entre dans le bar 

-          Bonsoir Constance ! 

-          AHHHH Justine !! Tu es venue, trop bien !! 

-          Oui je vois que tu es toujours aussi en forme ! 

-          Ouais je ne change pas ! Justine je te présente Louanne 

-          Salut Louanne. 

-          Bonsoir. 

Constance connaissait tout le monde, elle me raconta tous les potins du milieu et quelles filles il valait mieux éviter, elle ne s’arrêtait pas une minute ! Un débit de paroles improbable ! Et lorsqu’elle ne parlait pas c’était son corps qui prenait le relais… Epuisante mais rafraichissante. 

La soirée s’était finie chez elle, un petit T2 dans le quartier St Michel. 

Ce soir là j’ai connu mon premier coup de foudre amical. Avec Constance on a fait les 400 coups, couru tous les concerts, expos, théâtres, on a parcouru un nombre incalculable de km pour aller voir je ne sais quel festival à l’autre bout de la France… 

On s’est baignées en sous-vêtements dans à peu près toutes les fontaines connues de Bordeaux, on s’est fait arrêter au jardin public pour « grimpage » sur les arbres interdit. 

On s’est retrouvées au poste de police au moins une bonne dizaine de fois ! Constance était avide d’expériences, elle aimait par-dessus tout observer les gens et piquer des idées pour un rôle qu’elle était en train de répéter au conservatoire ou pour une pièce qu’elle était en train d’écrire.  Elle voulait devenir comédienne… Mon dieu que ça me semble loin tout ça ! 

Plongée en plein souvenirs je n’avais pas entendu Rose ouvrir la porte d’entrée : 

-          Louanne tu es visible ? 

-          Oui Rose entre, mais je te préviens c’est le bordel et je suis encore en pyjama. 

-          Non mais tu as vu l’heure ?! Il est 17h et tu n’es pas encore lavée ni habillée 

-          Oui ! Oui !  Je sais, c’est pas bien… Mais j’ai passé une dure soirée ! 

-          Ah c’est-à-dire ? 

-          Ben déjà il m’est arrivé un drôle de truc, j’ai rencontré une fille au jardin public. 

-          Ah ah ! C’est bien ! Quand tu tombes de cheval faut remonter aussi tôt !

-          Rose il ne s’agit pas de ça, enfin pas de sentimental, j’en veux pas et je ne suis pas prête à mettre mon cœur à nouveau dans les griffes d’une femme ! 

-          Tu dis ça maintenant mais on en reparle dans deux ou trois mois je suis sure que tu auras changé de discours ! 

-          Non pas cette fois ! Trop morflé ! 

-          Ok ok, bon raconte, c’est qui cette fille ? 

-          Je n’en ai aucune idée ! 

-          Hein ? 

-          Ouais, je sais, juste son prénom, elle s’appelle Sarah et elle est peintre, et on a baisé dans son atelier Quai des Chartron, un vrai paradis son jardin…Enfin son vrai jardin pas son sexe ! 

-          Quoi ??? 

-          Me fais pas le coup de la prude, Rose, ça ne marche pas avec moi. 

-          Certes, je ne suis pas choquée mais bon quand même… Bon mais ça ne m’explique pas pourquoi j’ai l’impression d’être avec une dépressive cet aprem, c’est plutôt positif ce que tu as vécu hier ! 

-          Oui ça l’était… Sur le moment. Et puis après beaucoup moins. Je me suis mise à penser à Ludmilla, je suis allée boire un verre, puis deux, puis trois,… Comme je n’avais pas mangé, l’alcool est monté vite et j’étais légèrement, voir beaucoup bourrée. C’est Camille, le videur, qui m’a rappelé à l’ordre et m’a dit de rentrer. 

-          Et donc tu as eu l’alcool triste et tu as tout foutu par terre c’est ça ? 

-          Heu oui, en gros c’est ça… Et puis là je m’apprêtais à lire un mail que Ludmilla vient de m’envoyer et, un truc de ouf, tu te souviens de Constance Di Angelo ? 

-          Bien sur, je la croise de temps en temps, elle passe devant la pizzeria, elle est avec une très jolie femme brune en ce moment. 

-          Ah c’est cool, et ben figure toi qu’elle vient de m’appeler. 

-          Mais tu n’as pas changé de numéro ? 

-          Si, mais est-ce le hasard ou la providence, elle fait de la téléprospection en ce moment, elle m’appelait  pour me vendre un truc et elle a reconnu ma voix associée à mon nom ! 

-          Sans déconner ? 

-          Ouais c’est fou ! Du coup j’ai rendez-vous avec elle à 21h à Caju. 

-          Bon parfait au moins ça te fera bouger tes fesses et puis je suis sure que Constance va te remuer un peu aussi ! 

-          Oui c’est bien son style… Rose ? 

-          Oui ? 

-          Tu veux bien rester avec moi le temps que je lise le mail de Ludmilla ? Je ne veux pas être seule. 

-          Bien sur ma chérie ! 

 

Je respire un grand coup et je clique sur le mail : 

«  Louanne, 

Je souhaite que tu viennes récupérer le reste de tes affaires. Je suppose que tu es dans les bras d’une autre à l’heure où je t’écris, certainement cette petite fille de bourges d’Esther! 

Sache également que tu me dois 500€ pour le loyer du mois et je t’informerai des montants des factures EDF et Numéricâble. Bien sur il va de soi que tu participes également à la taxe d’habitation. 

Je t’aime Louanne, mais en partant comme tu l’as fait tu as trahi la confiance que j’avais en toi. 

Ne compte pas sur moi pour venir te rechercher, des filles mieux que toi y’en a plein les rues. J’en retrouverai sans mal une qui saura m’apporter ce que toi tu n’as jamais pu m’apporter. 

Tiens-moi au courant de la date à laquelle tu viendras récupérer tes merdes. 

Ludmilla. » 

J’ai mal, je ne m’attendais pas à cela, même après tout ce qu’elle m’a fait vivre durant ces dernières années je n’aurais jamais pu penser qu’elle réagisse ainsi ! 

-          Rose retiens-moi, j’ai une envie de meurtre là. 

-          Mon bébé ça va aller. Au moins ça confirme que tu as fait le bon choix, cette femme est complètement folle. 

-          Mais comment elle peut être aussi froide ! Comment ose-t-elle encore me demander des thunes alors qu’elle m’a mise sur la paille ?? Elle le sait que je suis endettée jusqu’au cou ! Elle le sait que j’ai du vendre de la dope pour rapporter de la bouffe et sa putain de bouteille de whisky par jour ! 

-          Vide-toi Louanne mais n’oublie pas que tu dois avancer et que ressasser tout ça ne va pas t’aider ! Ni la haine, ni la vengeance ! 

-          J’ai juste envie de lui mettre mon poing dans la gueule, à part ça tout va bien ! 

-          Bon Louanne calme-toi ! Est ce que tu vas allez récupérer tes affaires ? Il te reste quoi là-bas ? 

-          Si je remonte à Paris …Non je ne veux pas ! Qu’elle se démerde ! Il me reste un ou deux meubles et quelques fringues, des dvd et des bouquins, mais ce n’est pas grave je peux vivre sans ! 

-          Ok de toute façon tu sais que tu peux rester ici tant que tu veux. Je dois y allez ma puce. Ne cogite pas trop, prend une bonne douche et va retrouver Constance ne reste pas seule ! 

-          Oui Rose ne t’en fait pas ça va aller ! 

Envie de pleurer et de me cacher sous la couette. Rose n’étant plus là je n’avais plus aucun garde fou pour rester maitre de mes émotions. Comment avais-je pu être aussi conne ?!!! 

Va au diable Ludmilla ! Je vaux mieux que ça ! Tu ne me mérite pas, tu ne m’as jamais méritée d’ailleurs ! 

Ton pognon tu peux te le mettre où je pense, de toute façon j’ai plus rien ! Et je ne ferai plus de conneries pour toi ! 

Je regarde l’heure, 19h… J’ai du temps devant moi… L’appartement est dans un piteux état. Ranger, y’a que ça de vrai pour oublier.  Une petite salsa cubaine pour donner le rythme. 

Une heure plus tard, transpirante mais détendue, tout l’appart brille. Même les vitres ! Allez hop une douche ! 

J’évite de penser, sinon c’est mort, je m’effondre, je le sais et je le sens. Louanne ! Bouge-toi, tu as du pain sur la planche ! 

J’enfile mon vieux Levis, une chemise, un gilet et mon cuir. Petite Constance j’arrive ! 

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