• Accueil
  • > Archives pour novembre 2010
( 16 novembre, 2010 )

Chapitre 5

-5-

 

Je sors de l’appart, une pluie fine désagréable tombe sur Bordeaux, ma casquette me protègera pendant un moment, la flemme de remonter chercher un parapluie. Je pars d’un bon pas Mlle Pink « So what » dans les oreilles, direction Caju. 

J’essaye de ne pas penser même si le mot « pourquoi » tourne en boucle… Je m’attarde un peu sur les vitrines des magasins, va falloir que je me trouve un taf très rapidement, j’ai plus beaucoup de fringues à me mettre sur le cul. 

Les gens que je croise dans la rue Ste Catherine ont l’air grincheux, le temps sans doute. J’évite de regarder les couples qui irradient de bonheur malgré la grisaille. J’avance, « Nobody knows », je zappe la chanson,  je tombe sur De Palmas, parfois je me dis que j’ai des gouts un peu bizarres. 

 J’arrive au  « Caju café », je cherche Constance, je ne la vois pas, elle doit être à la bourre, comme d’hab’. Je m’installe à une table sur la terrasse chauffée, histoire de pouvoir fumer sans être congelée. Je suis en train de rouler ma clope lorsqu’une petite brunette m’apostrophe : 

-          Ce n’est pas bien de fumer ! 

Je relève la tête, mon dieu, je reconnais à peine Constance, je reste sans voix. 

-          Eh ben, ne reste pas comme ça, on dirait un poisson rouge ! 

-          Désolé je ne t’aurais même pas reconnue dans la rue ! C’est fou ce que tu as changé ! 

Je la prends dans mes bras et on s’assoit 

-          Oui, il parait ! Que c’est bon de te revoir ! 

-          Idem ma belle ! Mais qu’as-tu fais de tes habits bariolés ? De tes baggys improbables et tes lunettes ??? 

-          Je me suis pris 5 ans dans la tronche ! Je n’allais pas rester une éternelle adolescente, j’ai trouvé mon style, un peu plus sobre. Et puis j’ai troqué mes lunettes contre les lentilles magiques. C’est le bonheur surtout avec un temps de merde comme ça ! 

-          Oui pas faux ! Tu bois quoi ? 

-          On va commencer soft, un petit rosé. 

-          Allez je te suis ! 

Je l’observais, avais-je changé moi aussi à ce point ? J’avais quitté une Constance ado et limite borderline et me retrouvais en face d’une femme avec une assurance et un charisme époustouflant. 

Le serveur nous apporte nos boissons. 

-          Bon ma Louanne vas-tu m’expliquer ce que tu as pu faire pendant ces 5 années et pourquoi tu nous as plus donné de nouvelles ! Même Rose ne savait pas où tu étais ! 

-          Compliqué ! 

-          Oh tiens, ça change ! 

-          Ca va, te fout pas de moi.

-          Je plaisante, allez explique.

-          Bon, pour faire court, comme tu le sais, je suis partie rejoindre Ludmilla à Paris. J’étais raide dingue amoureuse, on a vécu de très bons moments, la première année a été la meilleure période de ma vie. J’étais amoureuse, j’avais trouvé du taf dans une bonne boite de com’. J’étais engagée dans l’associatif LGBT et la peinture de Ludmilla commençait à avoir pas mal de succès. 

-          C’est bon ça ! 

-          Oui, mais ça a été le début de l’enfer… 

-          Ah merde, pourquoi ? 

-          Parce qu’on a commencé à être invitées dans les soirées les plus jet set de la capitale, où la coke et l’alcool coulent à flots. Et les tentations aussi… 

-          Elle t’a trompée, c’est ça ? 

-          Entre autre chose, mais c’est surtout sa bouteille de whisky qui a été ma pire ennemie…Au début c’était drôle, on s’amusait, l’argent rentrait, et puis Lumi a commencé a être vraiment dépendante à tout ça. Du coup elle ne peignait presque plus et au final je me retrouvais seule face à un tas de problèmes. 

-          Elle a été violente avec toi ? 

-          Oui, c’est arrivé, elle était assez incontrôlable, mais je l’aimais alors je suis restée 

-          Connerie… 

-          Oui, je suis d’accord, mais quand tu es dedans ce n’est pas si simple, du coup j’ai multiplié les petits jobs, histoire de payer le loyer,  les factures et l’alcool. 

-          Toujours toi qui te fais avoir, putain ça m’énerve ! 

-          Ca doit être dans mon karma… 

-          Bon et ça s’est terminé comment tout ça ? 

-          Et bien j’étais claquée, je n’en pouvais plus, je bossais trop, du coup j’ai commencé à vendre de la coke… 

-          Ah… 

-          Ne me juge pas Constance ! 

-          Ce n’est pas mon genre … 

-          J’ai donc fait ça pendant un moment, je ramenais ce qu’il fallait à la maison… Et puis un jour, une amie, une des rares que Lumi n’était pas arrivée a éloigner, m’a foutu un coup de pied au derrière pour que je me casse… J’ai pas réfléchi et me voilà de retour… 

-          Et ben putain ! 

-          Oui, c’est le mot. 

-          Bon, t’inquiète poulette, on va te remettre sur les rails. 

-          Super le jeu de mot Constance. 

-          J’ai pas fait exprès ! 

Un bon fou rire nous a pris, Constance me faisait du bien, un vrai rayon de soleil. Raconter encore et encore ces 5 dernières années était de plus en plus simple, comme si, à chaque fois, un bout de cette histoire prenait le large, se détachait de ma chair. Je me sentais beaucoup plus légère. 

-          Bon allez on arrête de parler de moi. Et toi alors ?? Rose m’a dit qu’elle t’avait aperçue avec une belle brune ? 

-          Elle a du me voir avec Chiara. 

-          Oui, et ? 

-          Et c’est compliqué. 

-          Hum hum… 

-          Oui je sais, je ne suis pas une lesbienne très originale ! 

-          Bon alors c’est quoi ce « compliqué » ? Tu l’as rencontrée où ? Elle fait quoi ? 

-          Oh doucement les questions ! Curieuse ! Je l’ai rencontrée à Sitges, près de Barcelone, dans le cadre du festival lesbien. 

-          Oui je connais. Elle est espagnole  et vous avez une relation à distance c’est ça ? 

-          Presque ! Elle est bien d’origine espagnole, elle vit à Bordeaux, elle fait des études de droit international. 

-          Punaise une intello ! Vous arrivez à vous entendre ? Toi qui es à fond dans le culturel et la vie de bohême. 

-          On y arrive ! Je suis un peu moins bohême quand même que lorsque tu m’as connue et le père de Chiara est lui aussi auteur, comme maman. 

-          Ah, tu ne les as pas présentés ? Marieuse comme tu es ? 

-          Heu non, parce que ma relation avec Chiara est compliquée, Chiara est hétéro… 

-          C’est cela oui ! Elle sort avec toi et elle est hétéro, bien sur, c’est logique. 

-          Elle est en couple… 

-          Hein ? 

-          Je suis sa maitresse. 

-          What ?? Dans quelle merde tu t’es encore fourrée ? Puis je ne comprends pas, si elle est hétéro pourquoi elle était au festival de Sitges ? 

-          Bon en fait, si tu veux, je connais très bien sa sœur, Tania, qui est lesbienne. C’est une des organisatrices des soirées du circuit. Elle m’avait invitée à la rejoindre pour donner un coup de main. Sa sœur, donc Chiara, était en vacances à ce moment là. Et dès le premier regard il y a eu un truc. 

-          Aïe ok, et vous avez couché ensemble ? 

-           Son mec nous a rejoint quelques jours plus tard, un gentil garçon en plus… 

-          Re aïe, mais pourquoi tu n’es pas passée à autre chose à ce moment là ? 

-          Ben je n’y arrivais pas tiens ! Et Chiara passait le plus clair de son temps en ma compagnie, et puis il y a eu la soirée de clôture du festival… 

-          Et là, c’est le drame. 

-          C’est ça. On s’est embrassées… On était complètement bourrées, je me suis dit « bon c’est qu’un plan cul et puis basta ! » On a fini la nuit ensemble sur la plage… Oh Louanne ça a été le truc le plus romantique de ma vie ! 

-          Certes. 

-          Elle m’a dit qu’elle était complètement paumée et qu’il valait mieux en rester là. Elle avait une vie avec son mec qui lui convenait. Malgré ces petits moments forts j’étais assez soulagée qu’elle coupe court à ce qui se passait entre nous. Et puis de retour à Bordeaux, genre 15 jours plus tard, elle m’appelle pour que l’on se fasse un ciné. Et voilà, ça a recommencé de plus belle, impossible de se décoller. Je suis donc devenue son 5 à 7, son amante, son amie… 

-          Et tu le vis comment ? 

-          Au début ça allait, je gérais, ça me convenait, elle était là quand j’avais besoin d’elle et puis j’arrivais à ne pas trop penser à son mec, et puis les mois ont passé, et là je me suis aperçu que j’étais vraiment amoureuse. 

-          En même temps tu as joué avec le feu ma belle ! 

-          Je sais bien. 

-          Et pourquoi elle ne quitte pas son mec ? 

-          Et bien parce que elle l’aime et que surtout elle n’arrive pas à assumer ne serait-ce qu’un côté bi, que ça lui fout une trouille monstre de perdre son petit confort. Et elle n’est pas sûre d’elle du tout. 

-          Et toi pourquoi tu n’arrêtes pas tout ça ? 

-          Bah t’en as de bonnes toi ! Je l’aime pardi ! 

-          Ah les lesbiennes… 

-          C’est ça, alors bon, je me dis que c’est comme ça et de temps en temps je m’effondre. Garçon ! Un mojito s’il vous plait !

-          La même ! 

Les heures passaient et on en était à notre 5ème verre. On commençait à être bien. Constance me proposa d’aller à l’Ours marin, un nouveau bar qui, soit disant, n’est pas un bar tout à fait comme les autres… 

Effectivement dès que je suis entrée, j’ai compris : des saucissons qui pendent, des hommes bien costauds mais à l’air gentil en train de tranquillement boire leur bière, quelques nanas qui discutent au fond de la salle,… Le bar était décoré autour du thème de la mer, je me serais crue presque dans un troquet de pirates ! 

Constance m’explique que c’ est un lieu avec une super énergie et que là au moins elle ne se sentait pas comme de la chair fraiche. Et puis elle y avait rencontré plein de nouveaux copains, tous plus ou moins dans la culture. Je comprenais mieux. 

 On était vendredi, c’était la soirée filles à la cave, elle me présenta tout le monde, comme au bon vieux temps, les nanas étaient féminines et avaient l’air sympas, je commandais deux vodka/redbull. 

Je m’assis sur un tabouret et j’observai. Moins trash qu’à Paris, c’était reposant, les filles discutaient rigolaient, Constance avait raison, le lieu respirait une bonne énergie positive. 

Je repérai une petite minette, brune cheveux mi-longs, je demandai plus de détail à Constance mais apparemment c’était une nouvelle venue. Elle me donna envie… Elle était avec une autre amie et sirotait une menthe pastille, la spécialité du bar. Elle m’observa également, regards croisés, cible bloquée. Je me lève de mon tabouret et je vais lui parler. 

-          Salut je m’appelle Louanne. 

-          Enchantée, moi c’est Myriam et ma pote c’est Lucie. Tu viens souvent ici ? 

-          C’est la première fois, je suis de retour sur Bordeaux depuis peu et toi ? 

-          Moi aussi c’est la première fois, Le BHV ayant fermé, on est venues voir ce qui se passait ici et j’avoue que ça change et que ça fait du bien ! 

-          Je ne savais pas pour le BHV… 

Lucie nous laissa seules, sentant qu’elle allait devenir la chandelle de la soirée. Constance s’occupa d’elle. 

-          Tu as quel âge ? 

-          J’ai 25 ans. 

-          Ouch, je me sens vieille tout à coup. 

-          Pourquoi tu as quel âge ? 

-          30 ans. 

-          Ca va ! C’est rien 5 ans. 

5 ans, c’est rien… Ca me laisse pensive pendant un moment, 5 ans c’est très long lorsque tu vis un enfer ! L’envie de boire et de ne plus voir les images de Lumi… Ne pas réfléchir. Non, ne pas réfléchir, ne pas penser, ne pas s’effondrer. 

Myriam observait la salle, toutes ces filles qui se cherchent, qui s’amusent.  Elle avait un regard curieux,  encore frais, qui s’émerveille devant cette pièce de théâtre qui se déroule devant elle. Moi j’ai trop connu le milieu, je ne vois plus le côté paillette de la nuit, je vois la dépravation, le superficiel, l’envers du décor…   

Et malgré tout, je fais encore parti du décor, même si je ne tomberai plus dans les pièges de certaines nanas… 

Je ne veux plus être sous influence, me laisser marcher sur les pieds, non, c’est moi qui mène la danse à présent !  Révolte !  Je ne remettrai plus mon cœur en cage ! 

La seule chose que je peux encore offrir ce sont des instants d’intimité, mon corps continue à vivre, laisser libre court à mes pulsions. C’est la seule raison qui donne un sens à ma présence dans ce bar ce soir. 

Myriam me regarde, je m’approche et l’embrasse, gout de menthe, sa langue un peu trop fougueuse me donne le tournis. Constance s’approche et me dis : « on va au Shine, vous venez ? » 

On décide de marcher jusqu’à la boite, la pluie s’est arrêtée, on croise sur notre chemin des jeunes alcoolisés qui ont bien du mal à tenir debout, des minettes avec des jupes ras la touffe, qui se baladent sur les quais un vendredi soir, je ne comprendrai jamais…

Myriam me tend une bouteille de vodka-orange, histoire d’être alcoolisée avant de rentrer dans la boite. 

Constance discute tranquillement avec la pote de Myriam. A un moment elle décide de faire une course de poubelle. Venant de Constance ça ne m’étonne pas du tout et je me prends au jeu également. Je crache mes poumons, vive la clope ! Ce qui ne m’empêche pas d’en allumer une… Myriam prend ma main, je m’en dégage doucement, trop associé à un couple, je vois que ça l’embête un peu, je lui tends mon bras. Elle sourit. 

On arrive devant le Shine, anciennement le Chadow.. Et le Club in ? Constance m’explique qu’il n’a pas tenu face à ce nouveau complexe… Dommage je m’y étais bien amusée à l’époque. On fait la queue, il y a foule, beaucoup de jeunes, et puis tout à coup je vois une grande gigue qui agite son sac à main en criant LOUANNNEEEE !!! 

J’essaye de me rappeler… La créature se rapproche en jouant du coude dans la file d’attente : 

-          Louanne c’est bien toi ? 

-          Heu oui mais je suis désolée je ne te remets pas du tout. 

-          Ah, bonsoir Constance ! 

-          Bonsoir Chris ! 

Et là mon cerveau a recommencé a fonctionner : 

-           Chris ! Cristal ! 

-          Ah ben t’en a mis du temps ma chérie ! 

-          Désolée mais admets que tu n’es plus du tout la petite travelotte que j’ai rencontrée au Babylon! 

-          N’est-ce pas ? 

-          Tu es magnifique ! 

-          Merci. 

-          Tu deviens quoi ? 

-          Ohla, c’est une longue histoire, donne moi ton tel, on s’appelle, j’ai un show à donner ce soir ! 

 Chris avait 17 ans à l’époque où je l’ai rencontré, complètement paumé le gamin. Je bossais comme barmaid au Babylon les mercredi et jeudi, Rose m’avait pistonnée afin que je puisse avoir une formation complète. 

 Chris était arrivé un soir, la tête en sang, il venait de se faire agresser par des casseurs de pd. A l’époque il se prostituait pour s’en sortir. C’était le risque du métier m’avait-il dit. 

Je l’avais soigné avec ce que j’avais sous la main, un petit coup de make-up pour le rendre présentable, je lui avais passé des fringues qui trainaient aux objets oubliés et je lui avais servi un bon whisky. Ses parents l’avaient foutu dehors comme beaucoup malheureusement dans son cas. Il était trans. Il avait balancé le truc lors d’un repas de famille, le lendemain il était livré à lui-même, dans la rue. 

Il avait trouvé un squat pour dormir et avait commencé à se prostituer pour bouffer et rêver de réunir l’argent nécessaire pour se payer un jour l’opération qui pourrait le rendre femme. 

J’avais été touchée par ce gamin, petit moineau tombé de sa branche, et je l’avais hébergé quelques mois avec pour seul loyer la promesse d’arreter le trottoir. Ce qu’il a fait. Il a commencé à bosser comme serveur chez Rose. Puis un jour, il a disparu, en laissant un mot sur mon oreiller : 

 « Louanne, je pars au soleil,  besoin de prendre l’air, ne m’en veux pas ! Merci pour tout. Je t’aime. » 

J’ai reçu une ou deux cartes, il était vivant et ça allait à peu près bien pour lui, il avait trouvé un boulot de serveur en Espagne dans un bar où il rencontrait des gens comme lui. 

Puis plus rien, le revoir ici, magnifique, des vêtements de femme fatale, une perruque digne des plus grands cabarets parisiens… 

J’avais loupé beaucoup d’épisodes. Depuis mon retour, j’allais de surprise en surprise. Et je me sentais de mieux en mieux !   

J’en avais presque oublié la présence de ma petite brunette, je la cherchais dans la file, on était presque à la porte. Myriam était en train de rouler un patin à une petite blonde… Constance me regarde morte de rire : 

-           Ah ben bien Louanne, ton casse-croute est en train de foutre le camp ! 

-           Bah en même temps ce n’est pas plus mal, on n’est pas sur la même longueur d’onde. 

-          Quelle jolie menteuse tu fais ! 

-          Non, du tout, je suis juste blasée je crois ! 

-          Oui, remarque y’a de quoi, elles sont toutes timbrées ces jeunettes, nous on était beaucoup plus soft ! 

-          Heu Constance, je ne suis pas certaine, on était pas mal non plus dans notre genre, du temps de l’Indécis. 

-          Ok ok,  oh salut Théo, comment tu vas ce soir ? 

Ma grande fêtarde d’amie nous fait entrer gratos. Dès les portes franchies, une chaleur insoutenable me prends à la gorge. Je hurle à Constance : 

-          Ils n’ont pas la clim ou quoi ? 

-          Si mais elle sature vite, trop de monde, mets tes affaires au vestiaire ! 

Une fois débarrassée de mes affaires, je me mets à faire le tour de la boite, une déco plutôt sympa, des podiums où s’agitent des nanas complètement bourrées sur du Lady Gaga, Keisha… 

Pas trop mon kiff, je me dirige vers les toilettes, la classe, j’avoue que j’ai rarement vu des toilettes aussi art déco. Je me rafraichi le visage, des mecs s’embrassent sur des canapés et les nanas attendent qu’une chiotte se libère. 

Toutes plus ou moins masculines… Pour ça Bordeaux n’a guère changée, je n’ai jamais compris pourquoi ici c’était le paradis de la Butch, les nanas féminines galéraient toujours autant à obtenir une visibilité alors qu’à Paris y’en a pour tous les gouts, fém., Butch, lipstick, queer… 

Je repars dans la salle, je passe devant le fumoir qui ressemble à un aquarium, curieuse image qui me fait sourire. J’aperçois ma brune, toujours en train de faire du bouche à bouche à la blonde… Au moins elle s’éclate ! 

Je me dirige vers la salle électro, je me sens plus à l’aise et je commande un verre au bar. Moins de monde et moins de nanas mais on respire un peu mieux. Je m’aperçois que je deviens, avec l’âge, moins adepte de la foule et du coller/serrer, limite je me sens agoraphobe… 

J’étais en train de mater la DJ quand une main me tape l’épaule : 

-          Salut ! 

-          Bonsoir. 

-          Vicky ! 

-          Louanne, enchantée 

Pas mal du tout cette petite blondinette, des yeux verts magnifiques, assez féminine, un chapeau cachant de longs cheveux bouclés. 

-          Je t’offre un verre ? 

-          Volontiers une vodka-redbull s’il te plait. 

Je commande et Vicky, pour me remercier, m’embrasse. Surprenant, déroutant, mais loin d’être désagréable. 

-          Tu remercie toujours comme ça les personnes qui t’offrent à boire ? 

-          Non, rassure-toi, disons que tu es plutôt jolie et que je suis un peu barge sur les bords. Si je t’ai choquée ou que tu es en couple ou… 

J’ai posé un doigt sur ses lèvres pour l’empêcher de parler. 

-          Chut ! 

Et je l’embrassai à mon tour, elle me plaqua contre le bar. Se dégageait d’elle une telle sensualité, une telle fougue, que j’en avais le souffle coupé. Chaud, j’ai chaud, envie de la prendre là de suite. 

Ressentant la même envie, elle me prend la main et m’amène dans un endroit sombre de la boite, à l’abri des regards, je ne sais pas trop où je suis, l’alcool me brouille un peu la vue, mais je m’en fous, envie de retrouver sa bouche. Je la sers fort et l’embrasse de nouveau, j’enlève son chapeau, ses cheveux comme une rivière dorée viennent recouvrir nos visages. 

J’aime, j’aime la douceur de sa peau, je laisse ma langue vagabonder au fil du son électro qui me galvanise. 

Elle glisse ses mains dans mon dos, me griffe doucement l’échine, j’aime. Elle déboutonne ma chemise explorant mes seins durcis par l’envie. Elle y glisse son visage et mordille mes tétons, je n’en peux plus, descends, descends ! 

Enfin, elle passe sa main sur mon sexe. Je la plaque contre le mur mon genou sur son sexe, vas et viens, son souffle s’accélère. Elle glisse sa main dans mon jean, je glisse la mienne, corps à corps, accélérant le rythme, nos doigts recherchant la jouissance. Souffles coupés. Nous atteignons ensemble la délivrance. 

Nous restons ainsi quelques minutes, retrouvant plus ou moins notre esprit, je la regarde, elle me sourit. Elle me dit « on s’en va ? » 

Un petit texto à Constance et j’entraine Vicky vers la sortie… 

  

12
Page Suivante »
|