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( 24 octobre, 2010 )

Chapitre -2-

-2-

Me voilà dans la rue pavée, silencieuse, la petite porte du jardin de la belle Sarah derrière moi.  Je ressors mon mp3, je marche en direction du tram. 

Les quais avaient tellement changé… Une envie de renifler les bords de Garonne. 

Je m’appuie à la rambarde, la pleine lune comme compagne.  5 ans ! Dieu que c’est long. 

Comment avais-je pu m’éloigner de Bordeaux aussi longtemps ? La ville de mon adolescence, celle de mes souvenirs les plus heureux. Premier amour, première femme, première déception ? 

Le cœur a ses raisons que la raison n’a pas. T’as gagné, j’aurai du la suivre ma raison, ma mère me l’avait bien dit : « ma Louanne,je sens que tu vas encore faire un mauvais choix, prends le temps avant de te décider !  »

Comme d’habitude je ne l’ai pas écoutée et j’ai tout plaqué (boulot, amis, et famille) pour monter à Paris rejoindre ce que je pensais être l’amour de ma vie, Ludmilla. 

Je l’avais rencontré sur un forum de discussions, j’en étais la créatrice. Ce forum consistait à mettre en relation des artistes amateurs avec des lieux d’expo sortant de l’ordinaire, usines désaffectées, appartements privés, gares SNCF, salles d’attente… 

Et elle était arrivée un soir, me présentant ses peintures douces et féminines. J’étais séduite. 

Je lui ai donné mon adresse MSN et nous avons fait connaissance. Ludmilla était une artiste qui, pour une fois, me semblait moins torturée que les autres. Elle me confirma qu’elle était fille de Sapho depuis 30 ans et qu’elle ne croyait plus en l’amour. Elle vivait au jour le jour, pour sa peinture avant tout. 

L’aube pointait son museau et nous n’arrivions pas à nous quitter, trouvant toujours un sujet de conversation, une histoire à nous raconter. Pendant une semaine nous avons gardé ce rythme, j’étais en vacances, sans aucun impératif de temps, je les lui consacrais. 

Et puis je me suis débrouillée pour lui trouver un lieu pour exposer, je voulais la voir, la toucher, comprendre cette attirance. Passer la barrière du virtuel pour le réel. Le 8 octobre 2005, Gare St Jean, je suis tombée amoureuse. Coup de foudre. 

La semaine est passée vite, trop vite. Les quelques jours où elle est restée, nous étions peu sorties, le lit comme lieu de rencontre. Fusion de deux êtres comme jamais je n’en avais connu. Une vraie drogue, comme une première injection d’héro… Ludmilla …

Je me mets à marcher le long des quais, j’ai le cœur au bord des larmes, détruit… Je ne veux plus aimer. Je ne peux plus. Lumi… Lumi… 

Stop ! Louanne ! Stop ! 

Pense à autre chose, c’est ton passé tout ça ! Avance… 

Oui, avance ma belle, avance, mais vers quoi ?? Je suis revenue ici pour retrouver une vie loin d’elle, loin de Paris, ville de perdition, ville où j’ai perdu la foi. Et je suis là, je ne connais plus personne, je n’ai  pas de travail et quant à ma vie amoureuse… je n’en veux plus ! 

Sarah ce soir, m’a donné ce dont j’avais besoin, un instant éphémère, qui apaise le corps. Un instant hors du temps. Je ne la connais pas… et alors ? Ca me suffit, pas envie de plus. 

Envie de boire une vodka, me réchauffer ailleurs que dans mon lit vide, vide de sens. Ce petit studio, auquel je ne trouve pas d’âme. 

Je remonte la porte Cailhau en quête d’un refuge, tous les bars que j’ai connu n’existent plus… J’ère dans les rues, on est mercredi soir, la ville est calme. 

De temps en temps je croise des amoureux qui rentrent d’un resto, d’une ballade. Je les hais. En ce moment je déteste les gens heureux, ce bonheur qui irradie de leur visage me fout la gerbe. Miroir de mon échec. 

J’entre dans un pub rue St Rémi. Je m’asseois sur un tabouret au bar. Une serveuse avec un fort accent anglais me demande ce que je veux boire. Je commande une pinte… La vodka ça sera pour plus tard, dans un autre bar… 

Noyer mes pensées, mon cerveau ne donnant pas de répit au flot de mes souvenirs. Pourquoi ce soir, pourquoi ? Sarah peut-être ? Refaire l’amour avecune autre ? Un autre corps ? Culpabilité ? 

Je sors mon portable de ma poche… Favoris… Lumi… envie d’entendre sa voix … j’appuie sur appel ; je tombe sur le répondeur. 

« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Ludmilla Wallace, je suis certainement en train de peindre, laissez-moi un message et si j’ai le temps je vous rappellerai » 

-          Mlle, une vodka s’il vous plait 

-          Oui, bien sur, ça va ? 

Non ça ne va pas, tu as vu ma tronche ? J’ai l’air d’être heureuse ?? 

-          Oui ça va merci… 

Je prends ma vodka et je vais dehors fumer une cigarette. Reprendre pied, reprendre souffle. 

Le videur me dit vaguement quelque chose… 

-          Camille ? 

-          Oui, on se connait ? 

-          Y’a longtemps oui, Louanne 

-          Louanne ??? Mon dieu mais qu’est-ce que tu as changé ! Tu es en vacances ou bien ? 

-          Je reviens… 

-          Je suis content de te voir ! Comment vas-tu ? Où étais-tu depuis tout ce temps ? Ca fait combien ?? 

-          5 ans. 5 ans que je n’avais pas mis un pied à Bordeaux, je recommence à zéro, j’ai vécu à Paris, j’ai fait des petits boulots par çi par là. Et puis je me suis perdue. 

-          Ouh, toi ça ne va pas ! Une femme encore ! Je suppose que tu n’as toujours pas changé de bord. 

-          Non toujours pas, et oui, une femme… 

Je craque, Camille me prend dans ses bras, comme avant… Un gros nounours d’un 1m80. Ca fait du bien. Je me ressaisis. Il me tend un mouchoir. 

-          Désolé Camille… 

-          Non ne t’inquiète pas, tiens prends mon numéro si tu as un souci… Mais je pense que tu devrais rentrer te reposer. 

-          Oui tu n’as pas tort ! 

J’enregistre son numéro de téléphone, je l’embrasse. 

Je  pars du pub, le bruit des talons de mes bottes claquant sur les pavés pour seule compagnie. 

3h du mat’, je suis chez moi. 

 Je me plante devant ma glace, je ne me reconnais plus, les yeux rougis par les larmes, le mascara sensé être waterproof qui a dégouliné, me traçant plus de cernes que je n’en ai déjà. 

Je suis moche…Je me sens moche. 

D’un geste violent je balance tout ce qui se trouve sur mon lavabo. J’ai mal au cœur, ma tête atterrit dans les toilettes je vomis, ma peine, ma haine. 

 Je déplie le vieux clic-clac, la tête qui tourne,  Muse « démentia », je ferme les yeux et je m’endors… 

 

 

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