( 28 octobre, 2010 )

chapitre -3-

-3-

 

Le jour perce à travers mes volets, quelle heure est-il ? Quel jour on est ? Aïe ma tête… 

Je me lève, direction la salle de bain…  Mon dieu le bordel ! C’est décidé j’arrête de boire. 

Evite le miroir ! Où est cette foutue boite de Doliprane ?? 

J’avale le comprimé magique et retourne sous la couette… J’allume mon pc, compagnon fidèle. 

Les images de ces derniers jours dans la tête… 

 J’avais fui Paris sans réfléchir, je ne pouvais pas me le permettre… Une seconde de plus et je serais restée par peur, peur du manque de repères, peur par manque d’elle. Elle, mon bourreau. Manipulatrice de mon cœur. 

J’avais attrapé mon sac de voyage, le remplissant de toutes les fringues qui me passaient sous la main, quelques affaires de toilette, mon pc et mon chargeur de portable. J’avais quitté la maison, laissant le double des clés en évidence sur la table du salon, sans un mot, sans au revoir. J’avais été lâche. 

J’ai couru dans la rue. Fuir, fuir, première bouche de métro, direction gare Montparnasse. Une fois dans le train qui me ramenait à Bordeaux, j’ai fait le tour de mes contacts. Lila, Mizou, Fadia, même rengaine : le numéro que vous avez composé n’est plus attribué… Le quatrième appel fut le bon. 

-          Allo ? 

-          Rose ? 

-          Oui c’est bien moi… Qui est ce ? 

-          C’est Louanne… 

-          Oh mon dieu je croyais que tu étais morte ! Mais où es-tu ? 

-          Non je ne suis pas morte, quoique… Je suis dans le train Rose, j’ai besoin d’un toit… 

-          Viens, ma porte est grande ouverte… Tu le sais… Je n’ai pas changé d’adresse. Tu te rappelles du code pour la sonnette ? 

-          Oui Rose. Merci. Merci. 

-          De rien ma belle, dépêche toi d’arriver et tu me raconteras ! 

-          Oui, j’arrive vers 19h. A toute à l’heure. 

A peine avais-je raccroché que mes nerfs, mis à mal, ont laché. Des larmes impossibles à contrôler.  Les gens autour de moi me regardaient gênés, ne sachant quoi faire, quoi dire. Une petite fille me tend un mouchoir, elle doit avoir 7 ans, elle me dit : 

-          Madame, pleure plus ! Ca me rend triste. Essuie tes larmes, ton visage est tout mouillé. 

-          Merci ma puce. 

-          Je peux te faire un câlin si tu veux. Il parait qu’ils sont magiques.

La maman de la petite intervient : 

-          Malou ne dérange pas la dame, viens. 

-          Non madame, ne vous inquiétez pas, elle peut rester. C’est vrai qu’ils sont magiques tes câlins ? 

-          Vi ! 

-          Alors j’en veux bien un. 

La petite me prend par le cou et je la serre dans mes bras, je me calme petit à petit. 

-          Merci Malou. 

-          Y’a pas de quoi ! Tu t’appelles comment ? 

-          Louanne. 

-          C’est joli comme toi ! 

-          Merci. Est-ce que tu veux écouter un peu de musique avec moi ? 

-          Oui !! 

J’ai sorti mon mp3, pris la petite sur mes genoux, elle zappait les musiques qui ne lui plaisaient pas, elle a aimé écouter Aretha Franklin, dansant avec les écouteurs sur les oreilles, Think… Freedoommm freedomm… Sa petite bouille m’arracha un sourire. 

Le train arriva à destination, j’ai donné mon adresse mail à la maman de Malou, et j’ai pris la petite dans mes bras, un dernier câlin.    

-          Merci Malou, tu promets d’être sage avec maman et de bien travailler à l’école ? 

-          Oui Louanne ! Tu m’écriras hein ? 

-          Oui promis ! 

Je sortis de la gare, tout avait tellement changé ! Le tram… J’allumai une clope,  10 min plus tard , je montai dans  le tram C , une voix féminine résonna : Place de la bourse. Je descendis etremontai à pied jusqu’à la place de la comédie. 

Le grand hôtel de Bordeaux fini, les muses du grand théâtre retapées. Ca en jette ! Au moins les impôts auront servis à quelque chose pour une fois. 

J’ai continué ma marche en empruntant le cours de l’intendance puis je suis arrivée enfin dans la rue de Rose. 3 rue Montesquieu. 

 Je sonne selon le rituel de reconnaissance qu’elle donnait à ses amies les plus proches. 

3 ème étage, Rose m’attendait sur le palier, elle n’avait pas changé d’un pouce ! La famille de Rose avait fui les révolutions russes et avait immigré à Bordeaux. De ses origines slaves elleavait gardé cette douceur et cette force intérieure de babouchka. Bienveillante, toujours prête à réconforter ou à aider une âme en peine. 

Elle avait été marié à Sergio, un émigré italien, pendant 30 ans. Ce dernier était mort d’un cancer, il y a 10 ans, Rose n’a jamais voulu refaire sa vie. Elle était mieux toute seule. 

Rose et Sergio ont eu un fils Sacha, à l’âge de 14 ans il savait déjà qu’il ne passerai pas sa vie avec une femme. Le fils de Rose était parti s’installer dans le marais. Il a rencontré de nombreux hommes, un jour bourré il ne s’était pas protégé… 

Depuis ce jour Rose a lutté pour la cause homo, gaypride, associations, Sidaction. Elle était devenue la babouchka de tous les homos. Et nous lui rendions bien. 

Rose et Sergio avaient acheté une petite pizzeria dans le quartier St Pierre. Les meilleures pizzas de Bordeaux… Fidélisant sa clientèle en balançant à tout-va des : «  Ca va mon chou ? », « Et toi grand couillon avec qui t’as encore couché cette nuit ? ».  30 ans plus tard la pizzeria fait toujours le plein. 

C’est là que je l’ai rencontrée, un jour où je trainais mes grolles rue St Rémi, elle m’a interpelée… 

-          Eh toi la maigrichonne ? 

-          Moi ? 

-          Oui toi ! Ce n’est pas possible d’être aussi mince ! Tu manges au moins ? 

-          Oui, enfin quand je trouve le temps… 

-          Rentre et assis-toi ! Gégé ! Une Margherita pour la petite ! 

-          Non mais je n’ai pas d’argent. 

-          T’inquiète pas pour ça mon chou, c’est moi qui te l’offre, c’est quoi ton p’tit nom ? 

-          Louanne, merci… 

-          Louanne, ah ben c’est pas commun ça ! J’aime… Moi c’est Rose ! 

Elle me regarda de la tête aux pieds. 

-          Cheveux courts, piercing à l’arcade, petit marcel,  blouson en cuir, tatouage et boots…  Lesbienne ? 

-          (je me mets à rire)  Oui ! Mais là je me dis que je vais peut-être changer de look, j’ai l’impression d’être un cliché sur pattes ! 

-          Bah l’important c’est que tu te sentes bien dans tes fringues, par contre dans ta tête je ne sais pas où tu en es mais ça a l’air d’être un foutu merdier… 

-          C’est pas faux ! 

La pizza arriva sur la table, Rose me servit un bon verre de vin. 

-          Bon, qu’est-ce qui ne va pas ? 

-          Je vais faire court : les lesbiennes sont barges, ma mère vit à l’autre bout du monde, et j’ai pas de travail. 

-          Bon, c’est un fait, les filles sont folles, je ne peux rien pour toi, pour ta mère je peux t’offrir un appel longue distance mais bon ça va pas arranger ton problème, par contre je cherche une serveuse… 

-          Tu déconnes ? Je n’ai jamais fait ça ! 

-          Tu m’as l’air pas trop con, je pense que tu vas t’en sortir ! 

Et voilà, c’est comme ça que j’avais commencé à travailler au Pizza Russia. Oui, le nom est un peu bizzare… Russie et Italie réunies dans un même resto ça peut paraitre indigeste mais l’Italie c’était les pizzas, la Russie c’est Rose. 

La meilleure partie de ma vie, j’avais 23 ans, j’étais heureuse. Un soir Rose me présenta Tara, une jolie demoiselle. Elle venait d’arriver à Bordeaux et avait besoin d’un guide. Rose me dit « ce soir tu bosses pas et tu montres à la petite tout ce que tu connais de la ville. » 

Avec Rose il était bien difficile de dire non, donc je ne bataillai pas. 

D’une visite de Bordeaux by night à l’amour il n’y a qu’un pas. J’ai vécu avec Tara une vraie belle histoire qui dura un an… Jusqu’à ce qu’elle me dise un soir… « Faut que je te parle. J’en aime une autre ! »

Rose m’avait recueillie chez elle, ayant foutu le camp de l’appart de Tara j’avais pas trop le choix. 

La boucle est bouclée , 7 ans plus tard me revoilà à lui demander le gîte et le couvert. 

A peine rentrée dans son appartement elle me fit la morale : 

-          Louanne Sol ! Putain mais où étais-tu bordel ! Je me suis inquiétée, j’ai appelé toutes tes potes, elles ont su juste me dire que tu étais montée à Paris sur un coup de tête. Pourquoi tu es partie sans rien me dire… 5 ans ! 5 ans ! Toi ma fille d’adoption tu m’as laissé 5 ans sans nouvelles !!! 

-          Désolée Rose. 

-          Désolée, désolée ! Dans quel état me reviens-tu ? Mon dieu mais Louanne que t’est-il arrivé ? 

-          Tu me fais un café ? 

Et je lui ai tout raconté, ma rencontre avec Ludmilla, l’alcoolisme de Ludmilla, les factures impayées, les huissiers, les petits jobs minables, la coke que je me suis mise à dealer pour survivre et essayer de sauver les meubles, et Lumi… Tout. 

-          Mon dieu ! Mais pourquoi tu ne m’as pas appelée plus tôt ? 

-          Lumi… Elle ne voulait pas me laisser partir, elle m’a tellement retourné le cerveau que je n’étais que l’ombre de moi-même. Je l’aimais ou du moins je croyais l’aimer et ça me donnait l’énergie pour y croire encore et encore… Jusqu’ à ce qu’un soir Esther, une nana que j’avais rencontrée quelques mois auparavant, me chope en train de dealer de la blanche… 

-          « Louanne ! Non arrête tes conneries ! 

-          Mais j’ai pas le choix ! 

-          On a toujours le choix ! 

-          Facile à dire tu es fille de diplomate ! 

-          Effectivement je suis à l’abri du besoin, mais si un jour tu te fais chopper par les flics tu ne seras pas plus avancée avec le blé que tu te fais et que Ludmilla dépense le lendemain ! 

Écoute-moi ! Ce soir tu ne rentres pas, tu me vends ce qui te reste de came, j’ai des potes je refourguerais, avec mon statut je ne risque pas grand-chose. Tu gardes la thune. Tu rentres quand Ludmilla sera en train de cuver et tu pars ! 

-          Mais où ??? 

-          Retourne à Bordeaux, sauve toi de cet enfer, tu es une fille bien ! Tu vas t’en sortir, il doit bien te rester des gens là-bas qui pourraient t’aider. 

-          Je ne sais pas, j’ai coupé les ponts avec tout le monde depuis 5 ans ! 

-          C’est pas grave, essaye quand même et ne réfléchis pas ! » 

-          A ces mots j’ai eu comme un déclic, sans réfléchir j’ai écouté Esther. Et j’ai appliqué à la lettre ce qu’elle m’a dit de faire. Rose… 

Je me mis à pleurer. Evacuer toute cette merde d’un coup… 

-          Il est tard, vas te coucher sur le canapé, on s’occupera de toi demain. 

-          Merci Rose… 

Je m’allongeai sur le canapé, elle me borda et je m’endormis. 

Le lendemain Rose me donna les clefs du petit studio qu’elle avait acheté récemment pour ses saisonniers. « La-bas tu seras au calme pour récupérer » 

… 

Mon pc sur le ventre je me connecte à internet, merci le wifi ! J’ouvre ma boîte mails. 20 messages. Je descends mon curseur. Jusqu’à ce que je bugue sur Ludmilla Wallace… 

Ouvrir ou ne pas ouvrir le mail, telle est la question… Je me décide à ouvrir… 

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